Vancouver. La Coupe du monde du Canada dans son propre stade ne se résume plus à une simple chance de survie. Les enjeux grandissent considérablement ce mercredi, car le premier rang du Groupe B est en lice, offrant un parcours plus favorable en phase à élimination directe et la possibilité de réaliser ce rêve historique devant une foule canadienne électrisée.
Le Canada, pays hôte, affrontera la Suisse au BC Place le mercredi 24 juin à 15 h (HE), correspondant à midi (HC). Les amateurs pourront suivre le match sur RDS. Avant ce choc, les deux équipes sont parfaitement à égalité avec quatre points chacune, toutes deux invaincues, et toutes deux avides de la même victoire pour dominer le groupe.
Ce qui est réellement en jeu dans ce duel est crucial pour la suite de la compétition. Le sommet du Groupe B est extrêmement serré. Le Canada occupe le premier rang avec quatre points et une différence de buts positive de +6, tandis que la Suisse suit au deuxième rang avec quatre points et une différence de +3. La Bosnie-Herzégovine et le Qatar, qui ont chacun un seul point, s’affrontent simultanément à Seattle, ce qui rend le calcul final très complexe.
Les mathématiques favorisent légèrement les hôtes. Puisque le Canada détient l’avantage de la différence de buts, un match nul serait suffisant pour remporter le groupe. La Suisse, quant à elle, doit absolument vaincre le Canada pour le dépasser. Une victoire pour les Suisses assurerait le premier rang sans équivoque, tandis que un match nul ou une victoire canadienne maintiendrait le Canada en tête.
La récompense pour une première place est stratégique et importante. Le vainqueur du Groupe B restera à Vancouver pour la ronde de 32 et affronterait un qualifié de troisième rang, ce qui est un scénario beaucoup plus simple. Le finaliste, lui, serait envoyé à Los Angeles pour affronter le deuxième du Groupe A, un adversaire souvent plus fort et un cadre moins familier. Pour une équipe canadienne qui s’épanouit à domicile, demeurer en Colombie-Britannique représente une motivation immense pour tous les joueurs.
Peu importe l’issue, le simple fait d’en être là constitue déjà un exploit historique majeur. Avant ce tournoi, le Canada n’avait jamais gagné ni même obtenu un match nul en Coupe du monde, perdant ses trois rencontres autant en 1986 qu’en 2022. Le résultat nul de 1-1 face à la Bosnie en ouverture a procuré au pays son tout premier point en Coupe du monde. La victoire de 6-0 contre le Qatar a livré sa première victoire. Deux matchs, deux pages d’histoire écrites pour la nation.
Les arguments du Canada sont convaincants et portés par un élan rouge et blanc massif. La démolition de 6-0 contre le Qatar a frappé l’imaginaire collectif, le vétéran Cyle Larin ayant ouvert la marque et Jonathan David ajoutant un tour du chapeau. David, désormais meilleur buteur de l’histoire du Canada, a été l’attaquant le plus en vue de la phase de groupes et reste l’homme tout désigné pour ennuyer n’importe quelle défense, même la plus solide.
Une nuance mérite toutefois d’être soulignée pour rester objectif. Le Qatar a été réduit à neuf joueurs lors de certains moments, et ce résultat a légèrement flatté une attaque qui n’a pas encore été confrontée à un véritable défi défensif de haut niveau. La Suisse lui posera précisément cette question redoutable, avec une défense bien organisée et expérimentée.
Les nouvelles de l’équipe vont dans les deux sens, créant une incertitude tactique. Le grand renfort, c’est Alphonso Davies, qui a raté les deux premiers matchs et devrait être disponible pour la première fois du tournoi. Sa vitesse sur le flanc gauche change radicalement ce que le Canada peut accomplir en transition, offrant une arme de contre-attaque décisive. Le coup dur, c’est la perte du milieu de terrain Ismael Kone, sorti sur civière avec une jambe cassée face au Qatar et maintenant absent pour le reste de la campagne. Richie Laryea l’a remplacé avec brio, mais l’absence de Kone affaiblit l’entrejeu devant une formation suisse bâtie autour du contrôle du milieu.
- Point fort du Canada : L’attaque de Jonathan David et la vitesse de Davies en transition.
- Point faible du Canada : L’absence de Kone au milieu, crucial pour le contrôle du jeu.
- Facteur clé : La foule de Vancouver et l’avantage de la différence de buts.
- Risque majeur : La défense suisse est bien plus disciplinée que celle du Qatar.
Le défi suisse est impressionnant et justifie leur statut de favori léger. La Suisse est la nation la mieux classée du groupe, et elle en a l’allure sur le terrain. L’équipe de Murat Yakin s’est relevée d’un terne match nul de 1-1 contre le Qatar pour démanteler la Bosnie 4-1, le jeune Johan Manzambi, 20 ans, marquant deux fois en sortant du banc, tandis que le capitaine Granit Xhaka et Ruben Vargas ont aussi inscrit leur nom au pointage.
Voilà une équipe qui sait gérer un rendez-vous aux enjeux élevés avec une expérience inégalée. Les Suisses ont traversé les qualifications européennes sans défaite et ont atteint les huitièmes de finale lors des trois dernières Coupes du monde. La colonne vertébrale expérimentée formée de Xhaka, Ricardo Rodriguez et Remo Freuler offre un sang-froid que le Canada ne peut pas encore égaler, et l’organisation défensive, orchestrée par Manuel Akanji, est la plus disciplinée à laquelle le Canada aura fait face dans sa carrière.
Les deux nations ne se sont affrontées qu’une seule fois selon les registres officiels, une victoire canadienne de 3-1 en match amical en mai 2002. C’est une anecdote amusante, rien de plus pertinent pour ce match. Ce match se décidera par la forme du moment et le sang-froid, pas par l’histoire lointaine d’un vieux match amical.
La prédiction des modèles de projection penche légèrement du côté suisse, mais l’écart est très mince. Un modèle de projection accorde à la Suisse 39,9 % de chances de l’emporter, le match nul se situant à 31 % et le Canada à 29,1 %. Les cotes racontent une histoire semblable et font de la Suisse une légère favorite, mais le match nul est un scénario très probable.
Ça semble juste et logique. La Suisse possède la structure la plus nette et les têtes les plus froides, alors que le Canada a la foule, la forme et le flair de David devant le filet. Attendez-vous à des buts des deux côtés et à une finale serrée où chaque erreur pourrait être décisive.
Prédiction : Suisse 2, Canada 2. Un match nul garde les hôtes au sommet du groupe grâce à la différence de buts et renvoie tout le BC Place à la maison le sourire aux lèvres avec un résultat valorisant.
Ce que ça signifie pour le Canada est varié selon le résultat final. Si le Canada gagne, il termine au sommet du Groupe B, l’une des belles histoires du tournoi, reste à Vancouver pour la ronde de 32 et croise un qualifié de troisième rang. Ce serait le parcours le plus favorable possible, l’avantage du terrain demeurant intact pour toute la suite.
Si le Canada fait match nul, le résultat est identique pour le classement, avec un peu moins de dramatique. Le coussin à la différence de buts tient, le Canada termine premier et le chemin vers l’élimination directe passe par Vancouver. Pour les hôtes, un point vaut ici une victoire en termes de positionnement.
Si le Canada perd, c’est ici que le bon départ rapporte ses fruits. Une défaite ferait glisser le Canada au deuxième rang et, selon toute vraisemblance, l’enverrait à Los Angeles affronter le deuxième du Groupe A. Comme sa différence de buts de +6 est nettement plus saine que tout ce que la Bosnie ou le Qatar peuvent produire, même une défaite devrait quand même permettre au Canada d’accéder à la phase à élimination directe. Le rêve se poursuivrait. Il se poursuivrait simplement sur la route, contre une adversité plus relevée, plutôt que devant ses partisans.
Pour un pays qui n’avait jamais goûté à un point en Coupe du monde il y a deux semaines à peine, c’est un filet de sécurité remarquable et une réussite inattendue. Mercredi, la question n’est pas de savoir si le Canada va passer. Elle est de savoir jusqu’où cette équipe peut pousser une histoire à laquelle tout le pays croit déjà avec une ferveur nouvelle.
Suisse c. Canada, Groupe B, BC Place, Vancouver. Mercredi 24 juin, 15 h (HE) / midi (HP). RDS.
